L’année dernière, un locataire a oublié de fermer correctement son lave-linge. Résultat : 30 mètres carrés inondés, deux appartements impactés en dessous, et un sinistre total estimé à 14 000 €. L’assurance habitation du locataire a couvert sa partie, et ma PNO a couvert les 4 200 € de mobilier et travaux que son contrat à lui ne prenait pas en charge.
Coût annuel de ma PNO : 128 €. Soit moins d’un dixième d’un seul sinistre. Et pourtant, un bailleur sur trois en France n’a pas de PNO sur son bien locatif, soit par méconnaissance, soit par calcul (le contrat de l’immeuble suffit, croient-ils).
Ce guide explique ce qu’est exactement la PNO, en quoi elle est différente de l’assurance habitation du locataire, ce qu’elle couvre vraiment, combien elle coûte en 2026, et pourquoi rouler sans est un calcul perdant.

L’obligation légale depuis la loi ALUR
L’assurance PNO (Propriétaire Non Occupant) est devenue obligatoire en copropriété depuis la loi ALUR du 24 mars 2014, article 9-1 de la loi du 10 juillet 1965. La rédaction est sans ambiguïté :
Chaque copropriétaire est tenu de s’assurer contre les risques de responsabilité civile dont il doit répondre en sa qualité soit de copropriétaire occupant, soit de copropriétaire non occupant.
Concrètement, dès que tu mets un appartement en location dans une copropriété, tu dois souscrire au minimum une garantie responsabilité civile en tant que propriétaire non occupant. Il y a deux nuances importantes :
- L’obligation porte uniquement sur la responsabilité civile, pas sur la multirisque complète. Tu peux te contenter du minimum légal — mais c’est rarement une bonne idée.
- Aucune sanction administrative directe n’est prévue par la loi. Mais sans PNO, en cas de sinistre, tu prends à ta charge tous les dommages que tu aurais pu faire couvrir, y compris envers les tiers (voisins, copropriété). Et les montants peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros.
En monopropriété (maison)
Si ton bien locatif est une maison individuelle (pas en copropriété), la PNO n’est pas légalement obligatoire. Mais l’absence de couverture t’expose aux mêmes risques de responsabilité civile envers les tiers : un mur mitoyen qui s’effondre chez le voisin, un arbre qui tombe sur la voiture du voisin, etc. La PNO maison reste fortement recommandée.
Pendant la vacance locative
C’est le moment où la PNO devient le plus critique. Si ton bien est vide entre deux locataires, personne d’autre que toi n’assure le logement. L’assurance du précédent locataire s’arrête à la fin de son bail, et la nouvelle ne commence qu’à l’arrivée du suivant. Sans PNO active pendant ces semaines, un dégât des eaux, un incendie ou un vol te laisse sans couverture aucune.
Ce que couvre la PNO (et ce qu’elle ne couvre pas)
Les garanties varient énormément selon les contrats. Voici le panorama réaliste.
Le socle minimum (RC propriétaire)
Couvre les dommages que ton bien peut causer à des tiers par son simple fait :
- chute d’éléments de toiture sur la voie publique ou la voiture d’un voisin
- effondrement de balcon ou de mur mitoyen
- défaut d’entretien des parties privatives causant un dommage à un tiers
C’est le minimum légal. Si tu n’as que ça, tu n’es pas couvert pour les dommages à ton propre bien.
Le pack multirisque PNO (recommandé)
Ajoute la couverture sur ton bien :
- dégât des eaux (la cause la plus fréquente, 60 % des sinistres bailleurs)
- incendie et explosion
- vol et vandalisme (uniquement pendant la vacance ou si effraction caractérisée)
- tempête, grêle, neige
- dommages électriques (foudre, surtension)
- bris de glace (fenêtres, miroirs, vitres de meubles si meublé)
- catastrophes naturelles (sur décret)
C’est ce niveau qu’il faut viser. Le surcoût par rapport au minimum est de 30-50 €/an maximum, pour une protection infiniment plus solide.
Les options vraiment utiles
- Garantie Loyers Impayés (GLI) : couvre les loyers non payés et les frais de procédure. Souvent vendue séparément à 2-3 % du loyer annuel.
- Protection juridique bailleur : prise en charge des frais d’avocat en cas de litige locataire (état des lieux contesté, dégradations, expulsion).
- Vacance locative : indemnise une partie de la perte de loyer en cas de vacance suite à sinistre (incendie, dégât majeur).
- Recours des locataires : couvre les dégâts que tes équipements pourraient causer au locataire (chauffe-eau qui fuit dans son mobilier).
Ce qui n’est jamais couvert
- L’usure normale du bien (vieillissement du parquet, fissures liées au tassement)
- Les dommages dus à un défaut d’entretien manifeste (toiture jamais réparée, ballon ECS jamais entretenu, cf carnet d’entretien des équipements)
- Les dommages causés intentionnellement par toi
- Les dégâts dus à un meuble du locataire (sauf RC de ton coté si on prouve un défaut de ton équipement)
PNO bailleur vs assurance habitation du locataire
C’est la confusion la plus fréquente. Les deux ne se substituent pas, elles se complètent.
| Aspect | Assurance habitation locataire (MRH) | PNO bailleur |
|---|---|---|
| Obligation | obligatoire pour le locataire | obligatoire pour le copropriétaire bailleur |
| Couvre | biens personnels du locataire, sa RC | le bien lui-même, RC du propriétaire, vacance |
| Pendant la vacance | inopérante (le locataire est parti) | seule active |
| Si MRH locataire défaillante | aucune couverture | tu es protégé via ta PNO |
| Pour les parties communes | couvertes par l’assurance de la copro | couvertes par l’assurance de la copro |
Le scénario qui doit te convaincre : ton locataire a une MRH valide, mais elle est trop limitée (formule basique, franchise élevée, exclusions). Un dégât des eaux survient, son assurance prend 2 000 €, le sinistre coûte 8 000 €. Les 6 000 € restants sont à ta charge sauf si ta PNO couvre la différence.
Sans PNO, tu paies 6 000 €. Avec une PNO à 130 €/an, tu paies une franchise (souvent 100-300 €) et l’assureur prend le reste. Le calcul est implacable.
Combien ça coûte en 2026 et comment comparer
Voici les ordres de grandeur 2026 que j’ai vus en comparant plusieurs devis :
| Type de bien | Tarif annuel moyen | Tarif premium (toutes options) |
|---|---|---|
| Studio en copropriété | 80-110 € | 150-180 € |
| T2 en copropriété | 100-140 € | 170-220 € |
| T3 en copropriété | 130-170 € | 200-260 € |
| Maison de ville | 180-280 € | 320-450 € |
| Maison individuelle | 220-350 € | 400-550 € |
Les écarts entre assureurs sur un même bien peuvent atteindre du simple au triple pour des garanties similaires. La méthode : demande au moins 3 devis en spécifiant exactement les mêmes garanties (RC + dégât des eaux + incendie + vol + tempête + cat-nat). Vérifie surtout :
- la franchise par sinistre (idéalement < 200 €)
- la valeur à neuf ou la valeur d’usage (privilégier valeur à neuf si possible)
- la vacance couverte (combien de mois maximum sans pénalité)
- les exclusions spécifiques (vétusté > 30 % du bien, défaut d’entretien)
Compagnies traditionnelles, banques bancassureurs, courtiers spécialisés bailleurs : tous proposent des PNO. Les courtiers en ligne (comme Luko, Lovys avant son rachat, et plusieurs comparateurs) ont souvent les meilleurs tarifs pour des garanties identiques.
La PNO en pratique : 3 sinistres typiques
Le dégât des eaux locataire vers voisin
Le scénario le plus fréquent. Le locataire laisse couler sa machine à laver, ça passe à travers le plancher chez les voisins du dessous. L’enchaînement classique :
- Le voisin déclare à son propre assureur
- Son assureur se retourne contre l’assurance du locataire (s’il en a)
- Si MRH locataire OK : tout s’arrête là, prise en charge du sinistre
- Si MRH locataire absente, insuffisante, ou contestée : son assureur se retourne contre ta PNO bailleur
- Ta PNO indemnise le voisin et garde un éventuel recours contre ton locataire ensuite
Sans PNO, tu te retrouves en première ligne et tu peux être condamné à indemniser personnellement.
Le sinistre pendant une vacance
Tu viens de faire partir un locataire, tu remets le bien aux normes avant la prochaine location. Un week-end, une fuite sur le ballon ECS inonde la pièce. Personne pour intervenir avant 48h.
- Sans PNO : tu paies les réparations, le mobilier (si meublé), le ballon ECS, et tu absorbes la perte de loyer pendant les semaines de séchage et de travaux. Compter 3 000 à 8 000 € facilement.
- Avec PNO multirisque : franchise (souvent 150-300 €), prise en charge des travaux, du mobilier, et éventuellement de la perte de loyer si tu as souscrit l’option vacance.
La dégradation par locataire indélicat
Un locataire part en laissant l’appart dans un état lamentable : trous dans les murs, parquet abîmé, électroménager cassé. Tu retiens le dépôt de garantie (1 mois en vide, 2 mois en meublé) mais ça ne couvre pas tout. La PNO ne couvre généralement pas les dégradations volontaires d’un locataire — c’est l’assurance MRH du locataire qui est censée couvrir (s’il en a une et si elle est valide).
C’est pourquoi des options comme la GLI ou la protection juridique sont précieuses : elles t’aident à recouvrer les sommes via la procédure si le locataire conteste ou disparaît. Pour la gestion d’un locataire injoignable, j’ai écrit un guide à part.
Comment déclarer un sinistre PNO
Trois étapes simples mais à respecter strictement.
1. Déclarer dans les délais légaux
- 5 jours ouvrés pour la plupart des sinistres (dégât des eaux, tempête, incendie)
- 2 jours ouvrés pour un vol ou un cambriolage
- 10 jours après publication de l’arrêté pour les catastrophes naturelles
La déclaration peut se faire en ligne, par téléphone ou par courrier recommandé. La plupart des assureurs ont aujourd’hui un parcours dématérialisé qui prend 10 minutes.
2. Conserver toutes les preuves
- photos avant/après si possible
- factures de mobilier endommagé (achat originel)
- devis de réparation (2-3 devis si gros sinistre)
- témoignages écrits du locataire ou des voisins
3. Coordonner avec le syndic en copropriété Pour les sinistres qui touchent à la fois ton bien et les parties communes (dégât des eaux qui passe par la colonne, fuite de toiture), déclare aussi à ton syndic. C’est souvent l’assurance de la copropriété qui intervient en premier. Ta PNO prend ensuite le relais sur :
- les dégâts à ton mobilier propre (non couvert par la copro)
- la franchise que tu dois en tant que copropriétaire
- la perte de loyer pendant l’immobilisation
Intégrer la PNO dans tes calculs
La PNO est une charge récurrente à ne pas oublier dans tes simulations de rentabilité. Pour un bien moyen, compter 100 à 200 €/an dans tes charges. Sur un loyer de 850 €/mois, c’est environ 1 à 2 % du loyer annuel — pas négligeable.
Le simulateur de rendement Logio intègre cette ligne dans les charges déductibles. Vérifie que tu l’as bien comptée si tu fais une simulation pour un nouveau bien.
Côté fiscal, la PNO est intégralement déductible des revenus fonciers en régime réel (location vide) ou en LMNP réel BIC. Sur la déclaration 2044, c’est la ligne 223 (primes d’assurance). Pour récupérer toutes les charges déductibles correctement, le guide des charges déductibles des revenus fonciers liste les 15 catégories à intégrer.
En micro-foncier ou micro-BIC, la PNO n’est pas déductible individuellement (l’abattement forfaitaire est censé la couvrir).
5 erreurs qui font payer cher la PNO
1. Croire que l’assurance de la copropriété suffit. L’assurance de la copro couvre les parties communes et la responsabilité civile du syndicat. Elle ne couvre pas ton bien individuel ni ta responsabilité personnelle de bailleur. La PNO reste obligatoire pour toi.
2. Prendre uniquement la responsabilité civile minimale. Pour 30-50 €/an de plus, le pack multirisque te couvre contre les sinistres les plus fréquents (dégât des eaux = 60 % des cas). Le calcul est sans appel.
3. Ne pas comparer les devis. Les écarts vont du simple au triple pour les mêmes garanties. Demande 3 devis minimum à chaque renouvellement, change d’assureur si nécessaire (loi Hamon : résiliation possible à tout moment après 1 an).
4. Oublier de couvrir pendant la vacance. Vérifie dans ton contrat la clause vacance : certaines polices excluent la couverture si le bien reste vide plus de 30 ou 60 jours sans déclaration. Préviens ton assureur dès qu’une vacance dépasse 2 mois.
5. Ne pas déduire la PNO de tes revenus fonciers. Si tu es en régime réel, ne pas la déclarer en charge déductible, c’est 40-80 €/an d’impôt en trop. Sur 10 ans, c’est plus de 500 €.
Ce qu’il faut retenir
- PNO obligatoire en copropriété depuis la loi ALUR (article 9-1). Recommandée même en monopropriété.
- Couverture minimum légale = responsabilité civile, mais le pack multirisque (dégât des eaux, incendie, vol, tempête) est le bon niveau pour 30-50 €/an de plus.
- Prix moyen 2026 : 80 à 200 €/an en copro, 180 à 400 €/an en maison. Écarts du simple au triple selon assureurs.
- PNO et MRH locataire se complètent : la PNO te protège quand l’assurance du locataire est défaillante, insuffisante, ou en période de vacance.
- Déclaration sinistre : 5 jours ouvrés (2 pour vol). Toujours conserver les preuves (photos, factures, devis).
- Déductible des revenus fonciers intégralement, uniquement en régime réel ou LMNP réel BIC. Pas en micro.
- Garde toujours la PNO active pendant la vacance : c’est ton unique protection, et c’est souvent le moment où les sinistres surviennent.
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Questions fréquentes
L'assurance PNO est-elle vraiment obligatoire pour un bailleur ?
Oui, en copropriété, depuis la loi ALUR de 2014 (article 9-1 de la loi du 10 juillet 1965). Tout copropriétaire bailleur doit souscrire au minimum une garantie responsabilité civile. En monopropriété (maison individuelle), la PNO n'est pas légalement obligatoire mais reste fortement recommandée. Sans PNO, en cas de sinistre tu peux être tenu responsable financièrement pour les dégâts causés à des tiers (voisins, immeuble, mobilier urbain), avec des montants pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros.
Quel est le prix moyen d'une assurance PNO en 2026 ?
Pour un appartement classique (studio à T3) en copropriété, le tarif moyen 2026 se situe entre 80 et 200 €/an, avec une médiane autour de 110-140 €/an. Le prix dépend de la surface, de la valeur du bien, de la localisation (zone à risque inondation, vétusté du bâti), des garanties choisies et de la franchise. Pour une maison, compter 180 à 400 €/an. Les écarts entre assureurs peuvent atteindre du simple au triple pour des garanties similaires, d'où l'intérêt absolu de comparer.
PNO ou assurance habitation locataire : pourquoi les deux ?
Elles couvrent des choses différentes. L'assurance habitation du locataire couvre ses biens personnels et sa responsabilité civile (multirisque habitation, MRH) — c'est obligatoire pour lui. La PNO du bailleur couvre les périodes où le bien est vacant, les dégâts non couverts par l'assurance du locataire, et toi en tant que propriétaire en cas de défaillance de son assurance. Sans PNO, si ton locataire oublie de payer sa MRH et qu'un dégât des eaux survient, c'est ton patrimoine qui est exposé.
Que couvre exactement une PNO bailleur ?
Le socle minimum (responsabilité civile propriétaire) couvre les dommages causés à des tiers par le bien (chute de tuile, dégât des eaux vers les voisins). Les contrats multirisques PNO ajoutent : dégât des eaux, incendie, explosion, vol et vandalisme dans les communs ou pendant la vacance, tempête, dommages électriques, vitres et bris de glace. Les options utiles sont la garantie loyers impayés (GLI) séparée ou intégrée, la protection juridique (litiges locataires, expertise), et la garantie vacance locative. Compter en moyenne 8 garanties principales à vérifier.
L'assurance PNO est-elle déductible des revenus fonciers ?
Oui, intégralement, mais uniquement en régime réel (location vide) ou en LMNP réel BIC. La prime annuelle figure dans la ligne 223 du formulaire 2044 (primes d'assurance, déductibles à 100 %). En micro-foncier ou micro-BIC, elle n'est pas déductible individuellement — elle est censée être couverte par l'abattement forfaitaire de 30 % ou 50 %. Sur un bien moyen, la PNO représente donc une économie d'impôt d'environ 40 à 80 €/an en régime réel pour une TMI à 30 %.
Que faire en cas de sinistre couvert par la PNO ?
Trois étapes. 1. Déclare le sinistre à ton assureur dans les 5 jours ouvrés (2 jours pour un vol). Tu peux le faire en ligne, par téléphone ou par courrier. 2. Conserve les preuves : photos, factures de mobilier endommagé, témoignages écrits, devis de réparation. 3. En copropriété, déclare également le sinistre à ton syndic — c'est souvent l'assurance de la copropriété qui intervient en premier pour les parties communes. La PNO de bailleur prend le relais sur ce que la copro ne couvre pas (ton mobilier propre, ta franchise, ta perte de loyer).