C’est le litige de sortie par excellence. Le locataire rend les clés, l’état des lieux révèle une peinture fatiguée, un parquet marqué, une plaque de cuisson en fin de course — et chacun campe sur sa position. Le bailleur voit des dégradations, le locataire voit neuf ans d’usure normale. Entre les deux : le dépôt de garantie, et souvent des mois de tension.
Il existe pourtant un outil qui transforme ce bras de fer en simple calcul : la grille de vétusté. Annexée au bail dès la signature, elle fixe à l’avance comment l’usure du temps se déduit de ce que le locataire doit. Presque aucun bailleur particulier ne l’utilise — c’est un tort, et cet article vous montre comment vous en servir.
La vétusté, ce que dit vraiment la loi
Deux textes cadrent le sujet :
- L’article 7 c de la loi du 6 juillet 1989 : le locataire répond des dégradations survenues pendant le bail, sauf si elles résultent de la vétusté, d’une malfaçon, d’un vice de construction ou d’un cas fortuit. L’usure normale n’est donc jamais à sa charge.
- Le décret n° 2016-382 du 30 mars 2016 (issu de la loi ALUR) définit la vétusté comme l’état d’usure ou de détérioration résultant du temps ou de l’usage normal du logement, et ouvre la possibilité pour les parties de convenir d’une grille de vétusté dès la signature du bail, choisie parmi celles issues d’accords collectifs de location.
Traduction pratique : même sans grille, vous devez déduire la vétusté de toute retenue. La grille ne crée pas cette obligation — elle la rend calculable et incontestable, au lieu de la laisser à l’appréciation de chacun.
Comment fonctionne une grille de vétusté
Une grille est un tableau qui attribue à chaque poste du logement trois paramètres :
- Une durée de vie théorique — le nombre d’années au bout desquelles l’élément est considéré comme entièrement amorti (une peinture vit moins longtemps qu’un carrelage, un ballon d’eau chaude moins longtemps qu’une baignoire).
- Une franchise éventuelle — les premières années pendant lesquelles aucun abattement ne s’applique : un élément quasi neuf dégradé se rembourse quasi plein pot.
- Un abattement annuel — le pourcentage de valeur perdu chaque année après la franchise, parfois avec une part résiduelle qui reste à la charge du locataire même en fin de durée de vie (pour éviter l’effet « tout est gratuit après X ans »).
Exemple de calcul (à titre d’illustration — les valeurs exactes dépendent de la grille que vous annexez) : une peinture amortie sur 8 ans, dégradée par le locataire au bout de 6 ans, avec un devis de réfection de 800 €. La part d’usure déjà « consommée » par le temps représente environ les trois quarts : la retenue défendable est de l’ordre de 200 €, pas de 800 €. C’est frustrant côté bailleur — mais c’est la loi, et le juge appliquerait le même raisonnement en moins précis.
Où trouver une grille ? Le décret renvoie aux grilles issues d’accords collectifs de location, en pratique celles du parc social : plusieurs bailleurs HLM publient la leur. Vous pouvez en annexer une à votre bail entre particuliers, telle quelle.
L’annexer au bail : trois lignes qui changent la sortie
La mise en place tient en trois gestes :
- Au bail : une clause indiquant que les parties conviennent d’appliquer la grille de vétusté annexée, conformément au décret n° 2016-382.
- En annexe : la grille elle-même, paraphée comme le reste du bail.
- À l’état des lieux d’entrée : la description précise de l’état de chaque poste — c’est le point de départ de tout calcul. Une grille sans état des lieux rigoureux est une calculatrice sans données.
Complétez avec un réflexe simple : conservez les factures de chaque équipement et de chaque réfection (peinture, sols, électroménager). Elles datent les postes, et la date est la moitié du calcul. Si vous suivez déjà vos équipements dans un outil de gestion, vous avez cette information sous la main le jour J.
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À la sortie : dérouler le calcul, poste par poste
Le jour de l’état des lieux de sortie, la méthode devient mécanique :
- Comparer entrée et sortie, poste par poste : seuls les écarts qui dépassent l’usure normale comptent. Une moquette ternie après huit ans n’est pas une dégradation ; une brûlure de fer à repasser, si.
- Chiffrer chaque dégradation par un devis ou une facture — jamais un montant forfaitaire sorti du chapeau.
- Appliquer la grille : âge du poste, franchise, abattement. Le résultat est la retenue défendable.
- Notifier le détail au locataire avec les justificatifs, dans les délais de restitution du dépôt de garantie — un mois sans retenue, deux mois avec.
Ce formalisme a un double effet : il protège votre retenue quand elle est légitime, et il vous retient de facturer du neuf pour du vieux — l’erreur qui perd systématiquement devant la commission de conciliation. Pour estimer les montants en jeu avant la sortie, notre calculateur de dépôt de garantie et de restitution fait le tour des règles en une minute, gratuitement.
Vétusté, dégradation, défaut d’entretien : le trio à ne pas confondre
Trois notions voisines, trois régimes différents :
- La vétusté (usure normale du temps) : au bailleur, toujours.
- La dégradation (usage anormal : choc, brûlure, trou) : au locataire, avec abattement de vétusté sur le calcul.
- Le défaut d’entretien (le locataire n’a pas fait ce que le décret n° 87-712 met à sa charge : joints, détartrage, entretien chaudière) : au locataire, et c’est distinct de la vétusté — une chaudière jamais entretenue n’est pas une chaudière « usée normalement ». Le partage complet entre entretien et remplacement est détaillé dans équipement en panne : qui paie ?.
C’est ce tri, fait honnêtement à la sortie, qui distingue le bailleur sérieux du bailleur procédurier — et qui fait qu’un dossier tient devant un conciliateur.
Ce qu’il faut retenir
- L’usure normale n’est jamais à la charge du locataire (art. 7 c, loi du 6 juillet 1989) : toute retenue doit déduire la vétusté, grille ou pas.
- Depuis le décret n° 2016-382 (loi ALUR), une grille de vétusté peut être annexée au bail dès la signature, choisie parmi celles des accords collectifs (grilles HLM en pratique).
- La grille fixe durée de vie, franchise et abattement annuel par poste : la retenue devient un calcul, plus une négociation.
- Sans état des lieux d’entrée précis et sans factures datées, la meilleure grille ne sert à rien.
- À la sortie : comparer, chiffrer sur devis, appliquer l’abattement, notifier le détail dans les délais du dépôt de garantie.
- Ne confondez pas vétusté (bailleur), dégradation (locataire, après abattement) et défaut d’entretien (locataire, décret n° 87-712).
Annexer une grille prend dix minutes à la signature et économise des semaines de conflit à la sortie. Pour le reste — états des lieux, équipements datés, documents et dépôt de garantie — Logio tient le dossier de chaque bien, gratuitement.
Questions fréquentes
La grille de vétusté est-elle obligatoire dans un bail ?
Non, elle est facultative — et c'est bien dommage pour ceux qui s'en passent. Depuis la loi ALUR et le décret n° 2016-382 du 30 mars 2016, les parties peuvent convenir d'appliquer une grille de vétusté dès la signature du bail, choisie parmi celles issues d'accords collectifs de location. Facultative ne veut pas dire accessoire : sans grille, chaque retenue de sortie se négocie au doigt mouillé.
Quelle grille de vétusté choisir pour un bail entre particuliers ?
Le décret renvoie aux grilles issues des accords collectifs de location, notamment celles utilisées dans le parc social (bailleurs HLM). Un bailleur particulier peut annexer l'une de ces grilles à son bail. Elles listent, poste par poste (peintures, sols, équipements sanitaires, électroménager), une durée de vie théorique, une éventuelle franchise et un abattement annuel.
Comment fonctionne concrètement l'abattement de vétusté ?
Le principe : la valeur d'un élément diminue chaque année selon la grille, et le locataire ne doit que la part non amortie du dommage. Par exemple, si une grille donne à une peinture une durée de vie de 8 ans et qu'un locataire la dégrade après 6 ans d'occupation, il ne supporte qu'environ un quart du coût de réfection — le reste est de l'usure que le temps aurait produite de toute façon. Les chiffres exacts dépendent de la grille annexée.
Peut-on retenir sur le dépôt de garantie sans grille de vétusté ?
Oui, mais la retenue doit quand même tenir compte de la vétusté : la loi du 6 juillet 1989 (art. 7 c) exonère le locataire de l'usure normale. Sans grille, c'est au bailleur d'estimer un abattement défendable — et au juge de trancher en cas de litige, souvent au détriment d'une retenue au montant du neuf. Facturer une peinture neuve après 9 ans d'occupation ne tient presque jamais.
La vétusté s'applique-t-elle aussi aux équipements électroménagers fournis ?
Oui. Un lave-linge ou un four fourni avec un meublé s'use comme une peinture. En cas de dégradation en fin de bail, l'indemnisation se calcule sur la valeur résiduelle de l'appareil (âge et durée de vie théorique), pas sur son prix d'achat. D'où l'intérêt de conserver les factures : elles datent chaque équipement et rendent le calcul incontestable.
Que faire si le locataire conteste une retenue malgré la grille ?
La grille annexée au bail joue en votre faveur : la méthode de calcul a été acceptée à la signature. Répondez par écrit avec le détail — poste, coût justifié par devis ou facture, âge retenu, abattement appliqué. Si le désaccord persiste, la commission départementale de conciliation peut être saisie gratuitement avant tout juge. Un calcul transparent et sourcé se conteste rarement.